Comment regagner le corps des directeurs d’hopital à l’issue d’un détachement?

Les  Cadres Hospitaliers Force Ouvrière (CHFO) ont décidé de confier à Isabelle ARNAL-CAPDEVIELLE une mission d’accompagnement des collèges directeurs d’hôpitaux en détachement, notamment dans notre corps. Directeur d’hôpital, elle a occupé des fonctions diverses et variées : directrice adjointe en CHU et en CH pendant 16 années, puis magistrat financier pendant six ans et actuellement directrice chargée de missions en ARS.

Elle nous faire part librement de son appréciation des difficultés qu’ont à vivre les collègues détachés.

 

ACCOMPAGNEMENT DES COLLEGUES EN DETACHEMENT

La mobilité est une question essentielle dans nos carrières de directeurs, et est présentée comme un objectif à atteindre. Cette mobilité peut être géographique, fonctionnelle mais aussi concerner l’exercice d’un métier différent. De nombreux collègues exercent aujourd’hui au sein de structures diversifiées (agences régionales de santé, cour des comptes et chambres régionales des comptes, tribunaux administratifs, ministères, conseils régionaux et départementaux, fédérations ou associations hospitalières…).

On peut lire dans le guide sur les outils de la mobilité du ministère de la fonction publique de 2016 : « Faciliter la mobilité est un enjeu pour l’administration qui doit faire face aux réorganisations de ses services et à l’évolution de ses missions tout en recherchant l’allocation optimale de ses ressources. La mobilité est, pour l’agent, le moyen de préserver son employabilité, en lui permettant de changer de métier, d’employeur ou de résidence ; elle est aussi le vecteur de motivation et d’enrichissement de son parcours professionnel et de valorisation de ses compétences ».

Selon les données du centre national de gestion, sur les 2 981 DH recensés au 1er janvier 2016, 281 étaient en position de détachement, soit 9,4% du corps. Les sorties définitives du corps par radiation puis intégration dans un nouveau corps ne sont pas pour autant nombreuses, en moyenne 10 par an (101 sur une période de 10 années de 2006 à 2015).

Sur les 1 837 directeurs d’établissement sanitaire, social et médico-social recensés au 1er janvier 2016, 159 étaient en position de détachement, soit 9% du corps. Proportionnellement les sorties définitives du corps par radiation puis intégration dans un nouveau corps sont légèrement supérieures à celles constatées pour les DH, en moyenne 12 par an (119 dont 109 intégrés dans le corps des DH et 10 dans un autre corps, sur une période de 10 années de 2006 à 2015).

Le détachement en dehors du corps soulève de nombreuses interrogations auprès des collègues qui envisagent de diversifier leur parcours. Se pose la question également du devenir au terme du détachement. Les questions individuelles nécessitent d’autant plus de réponse syndicale que le collègue détaché s’est éloigné de la réalité de sa profession.

Le Premier ministre demandait à Thierry Le Goff, en décembre 2015, lors de sa prise de fonction, de travailler à une meilleure prise en compte des mobilités dans la gestion des carrières “tant entre services déconcentrés et administrations centrales qu’entre ministères, entre fonctions publiques ou entre institutions publiques françaises et européennes ou internationales”. Il s’agit, insistait le chef du gouvernement, d’enrichir les culturelles professionnelles des agents.

Une nécessité qui, dans les faits, se heurte à des résistances dont on ne sait pas trop si elles sont culturelles ou seulement liées au fonctionnement et à la mécanique administrative. Alors que la mobilité nous est présentée tout au long de notre carrière comme un nouveau devoir social, elle ne permet pas pour autant de valoriser les parcours diversifiés et les talents de chacun.

Aucun accompagnement aux retours de mobilité n’est prévu, le dispositif de recherche d’affectation ne s’applique pas aux collègues détachés nouvellement entrants, contrairement à la fonction publique territoriale. Les chefs d’établissement sont réticents à recruter un directeur qui est parti pendant quelques années apprendre un nouveau métier, et diversifier ainsi son expérience professionnelle. Une suspicion de pertes de compétence voire de manque de sérieux pèse sur le malheureux directeur qui souhaiterait exercer à nouveau son métier. Et c’est sans parler d’une volonté de candidater à un poste de chef d’établissement ! Un tel désir friserait l’indécence !

Ces dernières années, grand nombre de collègues détachés se sont retrouvé sacrifiés pendant leur période de détachement, mais aussi à leur retour, en raison des différentes réformes, dont la dernière en date, est la réforme territoriale. Ils ont été confrontés à de grandes difficultés pour retrouver un poste, y compris dans un centre hospitalier. Certains se sont même retrouvés en disponibilité d’office, faute d’avoir pu retrouver dans un délai contraint, un point de chute.

Une publicité mensongère

Il n’est pas admissible de tenir un discours au plus haut niveau de l’Etat sur les nécessaires mobilités, et n’avoir prévu aucun accompagnement, ni valorisation des retours de ces mêmes mobilités pour le directeurs. De même, le métier de directeur est peu valorisé auprès des autres fonctions publiques, et est peu connu.

En tant qu’organisation syndicale de cadres, le CHFO est sollicité pour accompagner ceux qui reviennent de mobilité. Il est également sollicité à titre de conseil sur des souhaits de mobilité professionnelle.

Il doit pouvoir être présent auprès des directeurs détachés pour valoriser leur parcours professionnel, défendre les situations individuelles mais aussi conquérir de nouvelles avancées collectives en termes d’accompagnement à la mobilité, d’accompagnement au retour de mobilité avec un statut autrement plus protecteur qu’il ne l’est aujourd’hui.

C’est la raison pour laquelle le CHFO a décidé de me confier une mission d’accompagnement des collègues en détachements.

Nous veillerons à rester particulièrement attentifs aux conditions dans lesquelles ces collègues auront été mis en difficulté, soit avant la période de détachement, soit pendant, soit à leur retour de mobilité.

Isabelle ARNAL-CAPDEVIELLE, chargée de mission national « Accompagnement des collègues en détachement »

Pour tout contact : ch-fo@wanadoo.fr