{"id":1950,"date":"2017-07-01T12:04:56","date_gmt":"2017-07-01T11:04:56","guid":{"rendered":"http:\/\/sjfu.fr\/intranet\/?page_id=1950"},"modified":"2022-02-14T21:00:13","modified_gmt":"2022-02-14T20:00:13","slug":"livre-blanc-au-1er-juillet-2017","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/actions-syndicales\/livre-blanc\/livre-blanc-au-1er-juillet-2017\/","title":{"rendered":"Livre blanc au 1er juillet 2017"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019exigence citoyenne de probit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 de la gestion publique conduit \u00e0 porter un regard renouvel\u00e9 sur la mission de valeur constitutionnelle des juridictions financi\u00e8res : s\u2019assurer du bon emploi des deniers publics et en informer le citoyen. Il y a dix ans, Philippe S\u00e9guin, Premier pr\u00e9sident de la Cour des comptes, formulait le projet d\u2019unifier les chambres r\u00e9gionales des comptes et la Cour des comptes, d\u2019en faire une juridiction unique en mati\u00e8re de surveillance et de sanction de la discipline budg\u00e9taire et financi\u00e8re, de cr\u00e9er des chambres interr\u00e9gionales des comptes, et de renforcer le r\u00f4le de tous les magistrats financiers en mati\u00e8re d\u2019\u00e9valuation des politiques publiques. Sa disparition en 2010 ne lui permit pas de mener \u00e0 bien ce projet dont seuls certains des aspects furent mis en \u0153uvre par Didier Migaud, son successeur.<\/p>\n<p>Au titre de leurs missions administratives, les juridictions financi\u00e8res contr\u00f4lent la gestion des administrations publiques, elles s&rsquo;assurent que leurs comptes sont r\u00e9guliers, sinc\u00e8res et donnent une image fid\u00e8le du r\u00e9sultat de leur gestion, de leur patrimoine et de leur situation financi\u00e8re. Elles informent les citoyens, de fa\u00e7on compl\u00e8te, exacte et facilement accessible, sur l\u2019ex\u00e9cution des budgets, et elles participent \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques pour assurer un contr\u00f4le et un processus d\u00e9cisionnel efficaces. En vertu de leurs missions juridictionnelles, elles veillent au respect de l\u2019ordre public financier par un dispositif de r\u00e9pression autre que p\u00e9nal des manquements des gestionnaires publics \u00e0 ces exigences, jugent les comptes des comptables publics, r\u00e9tablissent l\u2019\u00e9quilibre des budgets des administrations publiques locales, de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, et proposent, s\u2019il y a lieu, l\u2019inscription de d\u00e9penses obligatoires aux budgets de ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p>Les atteintes \u00e0 la probit\u00e9 publique sont aujourd&rsquo;hui insuffisamment poursuivies et, d\u00e8s lors, sanctionn\u00e9es en France. Les juridictions financi\u00e8res peuvent y contribuer si les pouvoirs l\u00e9gislatif et ex\u00e9cutif les dotent d\u2019outils juridiques et de moyens renforc\u00e9s. Le r\u00e9tablissement de la confiance des citoyens dans l\u2019action publique ne saurait avoir pour effet de justifier, en mati\u00e8re de libert\u00e9, le recours \u00e0 l&rsquo;arbitraire. Il est n\u00e9cessaire de proposer une approche \u00e9quilibr\u00e9e. Le fonctionnement des institutions de la R\u00e9publique doit en effet s\u2019appuyer sur les principes de la s\u00e9paration des pouvoirs, de l\u00e9galit\u00e9 et de transparence qui fondent l&rsquo;exercice de fonctions publiques ou de mandats \u00e9lectifs.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution du paysage institutionnel local n\u00e9cessite \u00e9galement de nouvelles m\u00e9thodes et proc\u00e9dures de contr\u00f4le. Les r\u00e9centes r\u00e9formes territoriales ont renforc\u00e9 les r\u00e9gions, cr\u00e9\u00e9 les m\u00e9tropoles et red\u00e9fini les comp\u00e9tences des collectivit\u00e9s territoriales en supprimant la clause g\u00e9n\u00e9rale de comp\u00e9tences des r\u00e9gions et des d\u00e9partements. Le statut de m\u00e9tropole, cr\u00e9\u00e9 le 16 d\u00e9cembre 2010 et renforc\u00e9 par la loi du 27 janvier 2014, est \u00e9tape nouvelle du processus de r\u00e9forme territoriale. Les aires m\u00e9tropolitaines fran\u00e7aises repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 25 millions d\u2019habitants et concentrent plus de la moiti\u00e9 du produit int\u00e9rieur brut.<\/p>\n<p>Les ressorts des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s d\u00e8s 2012. En 2016, leur recomposition s\u2019est conform\u00e9e \u00e0 la nouvelle carte r\u00e9gionale. En revanche, ni les comp\u00e9tences ni les proc\u00e9dures des juridictions financi\u00e8res n\u2019ont \u00e9t\u00e9 actualis\u00e9es au regard du renforcement sensible du pouvoir de d\u00e9cision de ces nouvelles entit\u00e9s publiques locales comme au n\u00e9cessaire contr\u00f4le du respect du principe de sp\u00e9cialit\u00e9 par leurs ordonnateurs respectifs.<\/p>\n<p>Afin de contribuer \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019efficience des politiques publiques et de renforcer la probit\u00e9 de l\u2019action administrative et politique, les missions et l\u2019organisation des juridictions financi\u00e8res doivent \u00eatre r\u00e9affirm\u00e9es et consolid\u00e9es. Cette exigence s\u2019inscrit \u00e0 la fois dans la tradition constitutionnelle de la France, rappel\u00e9e \u00e0 l\u2019article 15 de la d\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen et dans l\u2019important mouvement de r\u00e9novation de l\u2019action publique initi\u00e9 par les lois de d\u00e9centralisation et la loi organique relative aux lois de finances.<\/p>\n<p>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res, unique syndicat repr\u00e9sentatif des magistrats financiers, a d\u00e9cid\u00e9 de mettre \u00e0 la disposition du citoyen, du l\u00e9gislateur et du Gouvernement, un \u00e9tat des lieux pr\u00e9cis du contr\u00f4le des organismes publics et des propositions op\u00e9rationnelles pouvant am\u00e9liorer la qualit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 des politiques publiques, notamment au niveau local.<\/p>\n<p>En premier lieu, les juridictions financi\u00e8res devraient pouvoir mieux assurer le contr\u00f4le de la probit\u00e9 de l\u2019action publique par la mise en \u0153uvre d\u2019un v\u00e9ritable r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 des gestionnaires publics. Aussi, est-il propos\u00e9 de r\u00e9partir les comp\u00e9tences actuelles de la Cour de discipline financi\u00e8re et budg\u00e9taire entre la Cour des comptes et les chambres r\u00e9gionales des comptes qui seraient charg\u00e9es, chacune pour ce qui la concerne, de sanctionner les manquements aux r\u00e8gles d\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9penses et des recettes publiques. En seraient justiciables tous les gestionnaires publics, y compris les membres du gouvernement et les \u00e9lus locaux.<\/p>\n<p>Il convient ensuite d\u2019am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 des contr\u00f4les de gestion par les juridictions financi\u00e8res, et de permettre \u00e0 ces derni\u00e8res de valoriser leurs travaux par des publications sur des enjeux de politiques locales. En particulier, le contr\u00f4le de la gestion se traduit aujourd\u2019hui par des observations et des recommandations, qui par leur intitul\u00e9 m\u00eame, traduisent leur caract\u00e8re peu contraignant. Il serait ainsi utile de doter les juridictions financi\u00e8res d\u2019un pouvoir de sanction lorsque des irr\u00e9gularit\u00e9s manifestes et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es sont relev\u00e9es, et d\u2019offrir, sous conditions, aux citoyens et aux \u00e9lus, la facult\u00e9 de saisir directement les juridictions financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Enfin, les missions \u00e9voqu\u00e9es seraient mieux assur\u00e9es si les garanties d\u2019ind\u00e9pendance des magistrats financiers \u00e9taient renforc\u00e9es. \u00c0 l\u2019image de ce qui se pratique dans les juridictions judiciaires, le Conseil sup\u00e9rieur des chambres r\u00e9gionales des comptes devrait \u00eatre organis\u00e9 de mati\u00e8re paritaire, et dot\u00e9 d\u2019un pouvoir d\u2019avis conforme. Il devrait aussi pouvoir \u00eatre r\u00e9uni avec le Conseil sup\u00e9rieur de la Cour des comptes, lorsque les sujets abord\u00e9s le requi\u00e8rent. La mission d\u2019inspection des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes devrait \u00eatre commune \u00e0 toutes les juridictions financi\u00e8res et rattach\u00e9e directement au Premier pr\u00e9sident de la Cour des comptes. Le coll\u00e8ge de d\u00e9ontologie devrait \u00e9galement voir ses pr\u00e9rogatives renforc\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc : <\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211; \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 de renforcer l\u2019office du juge financier en am\u00e9liorant le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 des gestionnaires publics et en simplifiant celui des comptables\u00a0;<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 d\u2019accentuer les pouvoirs de contr\u00f4le des juridictions financi\u00e8res avec notamment la possibilit\u00e9 d\u2019effectuer des contr\u00f4les \u00e0 la demande de tout citoyen, des pouvoirs de sanction adapt\u00e9s et la facult\u00e9 de publier des rapports sur des th\u00e9matiques locales\u00a0;<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 de d\u00e9velopper des garanties suppl\u00e9mentaires pour l\u2019ind\u00e9pendance des magistrats financiers.<\/strong><\/p>\n<h1><a name=\"_Toc486675780\"><\/a>1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Renforcer l\u2019office du juge financier en am\u00e9liorant le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 des gestionnaires publics et en simplifiant celui des comptables<\/h1>\n<h2><a name=\"_Toc486675781\"><\/a>1.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019exigence accrue de probit\u00e9 des gestionnaires publics n\u00e9cessite la mise en \u0153uvre d\u2019un v\u00e9ritable r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 par le juge financier<\/h2>\n<p>Le premier imp\u00e9ratif qui s\u2019impose \u00e0 tout gestionnaire public est celui du respect de la r\u00e8gle de droit. Le pouvoir de sanction des irr\u00e9gularit\u00e9s et des fautes de gestion constitue en ce sens un moyen privil\u00e9gi\u00e9 au service d\u2019une meilleure gestion publique.<\/p>\n<p>Il existe actuellement, en droit public financier, une dichotomie entre la responsabilit\u00e9 des comptables publics, sanctionn\u00e9e par le contr\u00f4le juridictionnel de la Cour des comptes et des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes, et la responsabilit\u00e9 des gestionnaires de deniers publics dont le contr\u00f4le rel\u00e8ve d\u2019une autre juridiction financi\u00e8re\u00a0: la Cour de discipline budg\u00e9taire et financi\u00e8re (CDBF). Ce mode d\u2019organisation institutionnel du contr\u00f4le pr\u00e9sente nombre d\u2019imperfections si l\u2019on se penche sur son bilan\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les membres du gouvernement (Premier ministre, ministres et secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat) et les ordonnateurs locaux (maires, pr\u00e9sidents d\u2019\u00e9tablissements publics locaux, de conseils d\u00e9partementaux et r\u00e9gionaux) ne sont pas justiciables devant la CDBF. Ils ne sont pas responsables des actes et d\u00e9cisions pris dans le cadre de leurs fonctions et contraires aux normes du droit public financier\u00a0tels que, \u00e0 titre d\u2019exemples, le fait d\u2019engager une d\u00e9pense irr\u00e9guli\u00e8rement, de procurer \u00e0 autrui un avantage injustifi\u00e9, ou de porter atteinte \u00e0 un organisme public par des agissements manifestement incompatibles avec ses int\u00e9r\u00eats\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>les sanctions applicables, lorsqu\u2019elles existent, sont actuellement peu dissuasives et pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement un caract\u00e8re symbolique ce qui ne constitue pas un facteur d\u2019efficacit\u00e9 pour statuer en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 des gestionnaires et en d\u00e9finitive, n\u2019encourage pas les juridictions financi\u00e8res \u00e0 s\u2019engager dans des proc\u00e9dures suppl\u00e9mentaires et donc co\u00fbteuses pour le contribuable\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>l\u2019existence d\u2019une distinction organique entre la Cour, les CRTC et la CDBF constitue, en soi, un facteur d\u2019inefficacit\u00e9 proc\u00e9durale\u00a0: la CDBF, bien que rattach\u00e9e administrativement \u00e0 la Cour des comptes, est une juridiction distincte, compos\u00e9e de magistrats de la Cour des comptes et de membres du Conseil d\u2019\u00c9tat\u00a0; le minist\u00e8re public pr\u00e8s la CDBF est assur\u00e9 par le procureur g\u00e9n\u00e9ral de la Cour des comptes, et l\u2019instruction des affaires est g\u00e9n\u00e9ralement confi\u00e9e \u00e0 des rapporteurs, magistrats de la Cour des comptes ou des CRTC. Cette s\u00e9paration organique des juridictions et le fait que les membres et rapporteurs de la CDBF le soient exclusivement \u00e0 temps partiel est de nature \u00e0 rendre tr\u00e8s difficile le traitement annuellement d\u2019un plus grand nombre d\u2019affaires par cette juridiction. La CDBF ne rend, dans son cadre actuel, qu\u2019une quinzaine de jugements chaque ann\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>la liste des manquements susceptibles de relever d\u2019une traduction devant la CDBF ne couvre pas certains faits qui constituent pourtant des irr\u00e9gularit\u00e9s ou fautes de gestion de nature \u00e0 porter pr\u00e9judice aux organismes publics et \u00e0 leurs finances. Il en est ainsi, par exemple, des irr\u00e9gularit\u00e9s comptables non budg\u00e9taires, de l\u2019insinc\u00e9rit\u00e9 des \u00e9tats financiers, des manquements aux obligations de d\u00e9claration aux organismes de s\u00e9curit\u00e9 sociale, du chef de vouloir se procurer un avantage injustifi\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, ou d\u2019ordonner des d\u00e9penses dans un domaine ne relevant pas de jure de la comp\u00e9tence de l\u2019organisme public en cause, etc. L\u2019appr\u00e9ciation de ces manquements aurait vocation \u00e0 relever des attributions du juge financier.<\/li>\n<\/ul>\n<p>De surcro\u00eet, le constat que les observations et recommandations des juridictions financi\u00e8res ne d\u00e9bouchent que rarement sur une sanction ne refl\u00e8te pas l\u2019image d\u2019une institution soucieuse de ses pr\u00e9rogatives et des attentes du citoyen. Une r\u00e9forme du r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 juridictionnelle des gestionnaires, pour le faire \u00e9voluer vers un dispositif r\u00e9ellement plus efficace appara\u00eet d\u00e8s lors comme une \u00e9volution tant souhaitable que n\u00e9cessaire.<\/p>\n<h2><a name=\"_Toc486675782\"><\/a>1.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Remis en cause par l\u2019att\u00e9nuation de la s\u00e9paration entre ordonnateur et comptable, le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 personnelle et p\u00e9cuniaire des comptables publics doit \u00eatre am\u00e9lior\u00e9<\/h2>\n<p>Le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 personnelle et p\u00e9cuniaire des comptables publics conserve toute son utilit\u00e9 dans la protection des deniers publics, c\u2019est \u00e0 dire pour assurer le contr\u00f4le des d\u00e9penses des gestionnaires avant leur paiement et pour garantir le recouvrement des recettes publiques, dont les comptables publics sont p\u00e9cuniairement responsables. Toutefois, ce cadre de responsabilit\u00e9 ne s\u2019est pas adapt\u00e9 aux \u00e9volutions de la s\u00e9paration entre ordonnateur et comptable ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019effet des r\u00e9formes ayant affect\u00e9 l\u2019organisation et les moyens de la direction g\u00e9n\u00e9rale des finances publiques, administration de tutelle des comptables publics.<\/p>\n<p>Alors que la stricte s\u00e9paration des t\u00e2ches entre gestionnaires publics et comptables \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 une p\u00e9riode r\u00e9cente, con\u00e7ue comme la meilleure garantie de r\u00e9gularit\u00e9 des d\u00e9penses publiques et de prompt recouvrement des recettes, des contraintes de moyen et la volont\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les processus de paiement l\u2019ont att\u00e9nu\u00e9\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>des centres de traitement et de paiement uniques des factures ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s afin de permettre au comptable de liquider (c\u2019est-\u00e0-dire calculer) les d\u00e9penses et de les payer alors que la liquidation incombe normalement aux gestionnaires publics\u00a0;<\/li>\n<li>les comptables peuvent progressivement, se trouver objectivement associ\u00e9s \u00e0 la gestion financi\u00e8re et comptable des administrations en concluant avec elles des conventions de partenariat dont l\u2019objet consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 mettre en \u0153uvre des dispositifs de contr\u00f4le interne aux fins de pr\u00e9venir les irr\u00e9gularit\u00e9s financi\u00e8res et comptables\u00a0;<\/li>\n<li>la direction g\u00e9n\u00e9rale des finances publiques (DGFiP) a mis en \u0153uvre des plans de contr\u00f4le hi\u00e9rarchis\u00e9 des d\u00e9penses (CHD) permettant aux comptables d\u2019effectuer des contr\u00f4les non syst\u00e9matiques\u00a0; n\u00e9anmoins, cette circonstance n\u2019est pas de nature \u00e0 exempter le comptable de sa responsabilit\u00e9 devant le juge financier si une d\u00e9pense a \u00e9t\u00e9 irr\u00e9guli\u00e8rement pay\u00e9e quand bien m\u00eame le comptable n\u2019\u00e9tait plus tenu par l\u2019obligation de\u00a0 contr\u00f4ler ladite d\u00e9pense, conform\u00e9ment au CHD.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au surplus, le r\u00e9gime de sanction applicable actuellement au jugement des comptes n\u2019est plus adapt\u00e9 aux finalit\u00e9s des textes qui en disposent. Ainsi, lorsque le comptable a manqu\u00e9 \u00e0 ses obligations de contr\u00f4le et ce faisant, caus\u00e9 un pr\u00e9judice financier pour l\u2019organisme public en payant une d\u00e9pense qui n\u2019aurait pas d\u00fb l\u2019\u00eatre ou en ne recouvrant pas une recette, le comptable est tenu de rembourser un <em>d\u00e9bet<\/em> qui correspond \u00e0 cette d\u00e9pense irr\u00e9guli\u00e8re ou \u00e0 cette recette non recouvr\u00e9e. Le constat peut \u00eatre fait que les montants en cause sont presque syst\u00e9matiquement neutralis\u00e9s par le minist\u00e8re de tutelle. En l\u2019absence de pr\u00e9judice financier, la <em>somme non r\u00e9missible <\/em>que fixe le juge financier et qui est laiss\u00e9e \u00e0 charge du comptable, est d\u2019un faible niveau.<\/p>\n<p>Ce dispositif laisse percevoir une justice en apparence bienveillante compte tenu du montant tr\u00e8s faible des sommes laiss\u00e9es effectivement \u00e0 la charge des comptables (somme non r\u00e9missible). Il peut, par ailleurs appara\u00eetre surprenant que dans un \u00c9tat de droit, une autorit\u00e9 administrative (le ministre en charge du budget), puisse d\u00e9cider de l\u2019att\u00e9nuation d\u2019une sanction p\u00e9cuniaire fix\u00e9e par une juridiction (le d\u00e9bet), en tant que r\u00e9miniscence d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9e du syst\u00e8me de la justice retenue, en vigueur au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"604\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc de\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>transf\u00e9rer les comp\u00e9tences de la Cour de discipline financi\u00e8re et budg\u00e9taire \u00e0 la Cour des comptes et aux chambres r\u00e9gionales des comptes qui seront comp\u00e9tentes pour juger la responsabilit\u00e9 des gestionnaires de fonds publics soumis \u00e0 leur contr\u00f4le\u00a0; <\/em><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>rendre les membres du gouvernement et les \u00e9lus locaux responsables des manquements graves et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au droit public financier devant les juridictions financi\u00e8res, pour les d\u00e9cisions prises dans le cadre de leurs fonctions\u00a0;<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>simplifier le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 des comptables publics, en rempla\u00e7ant r\u00e9gime actuel du d\u00e9bet ou de la somme non r\u00e9missible par une sanction financi\u00e8re unique, intelligible et proportionn\u00e9e \u00e0 la gravit\u00e9 du manquement tout en en supprimant le pouvoir de remise gracieuse du ministre en charge du budget.<\/em><\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2><a name=\"_Toc486675783\"><\/a>1.3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Doter les juridictions financi\u00e8res d\u2019un pouvoir d\u2019injonction<\/h2>\n<p>La formulation de recommandations par les juridictions financi\u00e8res en compl\u00e9ment des observations est une pratique r\u00e9cente des juridictions financi\u00e8res et n\u2019a \u00e9t\u00e9 dot\u00e9e d\u2019une assise l\u00e9gale que tr\u00e8s r\u00e9cemment, d\u2019abord pour la Cour des comptes, puis pour les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes. Ces observations et recommandations suscitent parfois de la d\u00e9ception chez le citoyen \u00e9galement contribuable, car elles peuvent donner l\u2019impression que des constats justes et pertinents sont \u00e9tablis par les juridictions financi\u00e8res sans garantie quant \u00e0 leur mise en \u0153uvre effective.<\/p>\n<p>Ces observations et recommandations sont de deux ordres distincts. Certaines concernent le d\u00e9faut de bonne gestion des organismes publics. Les observations contiennent donc, implicitement ou explicitement, des recommandations pour am\u00e9liorer la mise en \u0153uvre des politiques publiques, les rendre plus efficaces pour l\u2019usager et moins on\u00e9reuses pour le contribuable. Ces recommandations ne sauraient donner lieu \u00e0 des prescriptions explicites, la d\u00e9cision d\u2019opportunit\u00e9 sur les politiques men\u00e9es relevant, sous un r\u00e9gime d\u2019organisation d\u00e9mocratique des institutions, des \u00e9lus responsables devant les citoyens et non du juge.<\/p>\n<p>Il en va diff\u00e9remment des observations tendant \u00e0 rappeler des obligations relevant du droit commun. C\u2019est notamment le cas lorsque la dur\u00e9e du temps de travail n\u2019est pas respect\u00e9e ou que la r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019agents publics ne respecte pas les limites pos\u00e9es par la loi et les r\u00e8glements. Il n\u2019y a pourtant gu\u00e8re de sens \u00e0 recommander le respect de la loi, laquelle s\u2019impose par d\u00e9finition. Le juge financier devrait en cons\u00e9quence, disposer de la facult\u00e9 de signifier aux gestionnaires publics de mettre fin \u00e0 des irr\u00e9gularit\u00e9s, lorsqu\u2019elles sont graves et continues le plus souvent. En l\u2019esp\u00e8ce, il ne saurait s\u2019agir d\u2019un pouvoir tendant \u00e0 provoquer l\u2019annulation d\u2019actes administratifs, laquelle demeure la comp\u00e9tence exclusive du juge administratif, mais bien de signifier au gestionnaire public une obligation de r\u00e9former sans d\u00e9lai un acte ill\u00e9gal, en apparence. Sur le fondement de sa capacit\u00e9 \u00e0 sanctionner des erreurs voire des fautes de gestion, le juge financier devrait disposer en cons\u00e9quence, \u00e0 l\u2019instar des autorit\u00e9s administratives ind\u00e9pendantes, d\u2019un pouvoir d\u2019injonction sous astreinte.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"604\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc de\u00a0: <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h1><a name=\"_Toc486675784\"><\/a>2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Contribuer \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de la gestion publique en renfor\u00e7ant le pouvoir de contr\u00f4le des juridictions financi\u00e8res<\/h1>\n<h2><a name=\"_Toc486675785\"><\/a>2.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un \u00e9largissement sans pr\u00e9c\u00e9dent des missions des juridictions financi\u00e8res qui requiert des moyens suppl\u00e9mentaires pour ne pas s\u2019effectuer au d\u00e9triment de leurs missions traditionnelles de contr\u00f4le<\/h2>\n<p>L\u2019extension des missions des juridictions financi\u00e8res traduit la n\u00e9cessit\u00e9, d\u00e9finie par le l\u00e9gislateur en r\u00e9ponse aux aspirations des citoyens, de soumettre \u00e0 un contr\u00f4le ind\u00e9pendant de toutes formes de pouvoirs, les activit\u00e9s ayant recours \u00e0 des fonds publics ou sociaux.<\/p>\n<p>Traditionnellement, le champ de contr\u00f4le des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes se d\u00e9cline respectivement en proc\u00e9dures de jugement des comptes, de contr\u00f4le budg\u00e9taire et d\u2019examen de la gestion des collectivit\u00e9s territoriales et de leurs \u00e9tablissements. Mais, sur le fondement des \u00e9volutions l\u00e9gislatives ou par d\u00e9l\u00e9gation de la Cour des comptes, le champ de contr\u00f4le des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes s\u2019exerce sur un p\u00e9rim\u00e8tre plus large. Il s\u2019\u00e9tend \u00e0 tous les organismes percevant des concours financiers des collectivit\u00e9s territoriales, aux \u00e9tablissements publics locaux d\u2019enseignement (notamment les coll\u00e8ges et lyc\u00e9es), aux \u00e9tablissements publics de sant\u00e9, aux \u00e9tablissements sociaux et m\u00e9dico-sociaux (\u00e9tablissements publics d\u2019h\u00e9bergement des personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes, \u00e9tablissements et service d\u2019aide par le travail, instituts m\u00e9dico-\u00e9ducatifs, etc.) et, depuis la loi 21 janvier 2016 de modernisation du syst\u00e8me de sant\u00e9, aux cliniques et \u00e9tablissements m\u00e9dico-sociaux priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019augmentation du nombre d\u2019organismes soumis \u00e0 leur contr\u00f4le, le l\u00e9gislateur a r\u00e9cemment adjoint aux juridictions financi\u00e8res de nouvelles missions d\u2019accompagnement des collectivit\u00e9s territoriales pour leur modernisation et leur r\u00e9organisation. Les \u00e9volutions l\u00e9gislatives r\u00e9centes ont modifi\u00e9 sensiblement la r\u00e9partition des comp\u00e9tences entre niveaux de collectivit\u00e9s (bloc communal, d\u00e9partement, r\u00e9gion) mais aussi entre collectivit\u00e9s de m\u00eame strate par l\u2019effet de fusions r\u00e9gionales ou intercommunales.<\/p>\n<p>Conscient des difficult\u00e9s \u00a0que peuvent engendrer ces \u00e9volutions, le l\u00e9gislateur a confi\u00e9, par la loi MAPTAM<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, au pr\u00e9sident de la chambre r\u00e9gionale des comptes, ou son repr\u00e9sentant, la pr\u00e9sidence des commissions locales charg\u00e9es d\u2019\u00e9valuer les charges et ressources transf\u00e9r\u00e9es entre collectivit\u00e9s, au risque de porter atteinte \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la juridiction dans l\u2019exercice de ses missions administratives et juridictionnelles.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019article 110 de la loi du 7 ao\u00fbt 2015 pr\u00e9voit l\u2019exp\u00e9rimentation de la certification des comptes du secteur public local sous la conduite de la Cour des comptes, en liaison avec les chambres r\u00e9gionales des comptes, sur la base du volontariat des collectivit\u00e9s et de leurs groupements, et appelant la formulation d\u2019un bilan au terme de huit ans d\u2019application. Vingt-cinq collectivit\u00e9s (une \u00e0 trois par r\u00e9gion) se sont port\u00e9es volontaires et ont conclu chacune une convention avec la Cour de comptes.<\/p>\n<p>La mise en \u0153uvre de la certification des comptes des plus grandes collectivit\u00e9s territoriales pourrait faire intervenir \u00e0 terme les juridictions financi\u00e8res selon des modalit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es, du mode le plus \u00e9tendu (r\u00e9alisation de la certification, d\u00e9finition des r\u00e8gles de certification) au moins participatif (synth\u00e8se annuelle sur les certifications faites par les commissaires aux comptes, examen de la certification dans le cadre des contr\u00f4les des comptes et de la gestion des entit\u00e9s). Cette comp\u00e9tence, qui s\u2019ajouterait \u00e0 celles d\u00e9j\u00e0 nombreuses qui viennent d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9es, est un facteur d\u2019alourdissement du programme d\u2019activit\u00e9s des juridictions au point de contraindre plus fortement leur capacit\u00e9 \u00e0 arr\u00eater leur programme annuel de contr\u00f4le au regard des ressources humaines disponibles.<\/p>\n<p><strong><em>Alors que les chambres r\u00e9gionales des comptes sont en premi\u00e8re ligne en mati\u00e8re d\u2019accompagnement de l\u2019exp\u00e9rimentation de la certification sur le terrain, leurs pr\u00e9rogatives nouvelles risquent de prendre le pas sur la r\u00e9alisation de leurs missions historiques, faute de moyens en rapport \u00e0 ces missions sp\u00e9cifiques plus r\u00e9centes.<\/em><\/strong><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc486675786\"><\/a><a name=\"_Toc486234464\"><\/a>2.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Des modalit\u00e9s de contr\u00f4le \u00e0 faire \u00e9voluer, en ouvrant la saisine des juridictions aux citoyens et en les adaptant \u00e0 la red\u00e9finition des comp\u00e9tences territoriales et \u00e0 la r\u00e9gionalisation de l\u2019action publique<\/h2>\n<ul>\n<li>Les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes proc\u00e8dent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un contr\u00f4le dit \u00ab\u00a0organique\u00a0\u00bb couvrant l\u2019ensemble des moyens d\u00e9ploy\u00e9s par les collectivit\u00e9s ou organismes de sa comp\u00e9tence. Les textes viennent appuyer cette mani\u00e8re de proc\u00e9der en qualifiant l\u2019ordonnateur (le maire ou le pr\u00e9sident de la collectivit\u00e9) en tant qu\u2019unique responsable de la gestion de la collectivit\u00e9 et personne habilit\u00e9e \u00e0 faire valoir les droits attach\u00e9s au principe du contradictoire avec la chambre. Ainsi, le contr\u00f4le de l\u2019organisme s\u2019effectue ind\u00e9pendamment de sa taille, de ses comp\u00e9tences, de l\u2019organisation de ses services, et m\u00eame de la succession dans le temps des ordonnateurs \u00e9lus. A cet \u00e9gard, le contr\u00f4le organique s\u2019inscrit dans la vocation originelle des chambres dont la finalit\u00e9 demeure celle de contr\u00f4ler la r\u00e9gularit\u00e9 et le bon emploi des deniers publics.<\/li>\n<\/ul>\n<p>N\u00e9anmoins, ce contr\u00f4le organique, codifi\u00e9 par les textes et d\u00e9clin\u00e9 dans les pratiques professionnelles, pr\u00e9sente un ensemble d\u2019inconv\u00e9nients. En effet, sauf \u00e0 d\u00e9cider de multiplier des actes de proc\u00e9dure au prix d\u2019une charge administrative critiquable, sa r\u00e9alisation ne permet pas, en l\u2019\u00e9tat des textes, d\u2019engager le \u00a0contr\u00f4le, par une proc\u00e9dure unique et adapt\u00e9e, \u00e0 la fois pour un \u00e9tablissement public local et sa collectivit\u00e9 \u00ab\u00a0tutelle\u00a0\u00bb ou de rattachement, un EPCI et sa commune centre, une ville et une association ou un \u00e9tablissement culturel qu\u2019elle subventionne, ou encore les \u00e9tablissements membres d\u2019un m\u00eame groupement hospitalier de territoire. Actuellement des proc\u00e9dures jumelles doivent \u00eatre men\u00e9es conjointement. Elles aboutissent \u00e0 la production de rapports distincts r\u00e9alis\u00e9s dans le respect des proc\u00e9dures organisant l\u2019instruction, le d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 et la contradiction.<\/p>\n<p>La poursuite du processus de d\u00e9centralisation impose une r\u00e9flexion sur les voies et moyens du contr\u00f4le organique traditionnel. Si un ordonnateur ou un pr\u00e9fet peuvent saisir la chambre afin de proposer qu\u2019elle inscrive \u00e0 son programme le contr\u00f4le d\u2019un organisme relevant de ses comp\u00e9tences, cette possibilit\u00e9 n\u2019est pas offerte, en l\u2019\u00e9tat, \u00e0 d\u2019autres membres de l\u2019assembl\u00e9e d\u00e9lib\u00e9rante ou selon le cas, du conseil d\u2019administration, \u00e0 des dirigeants des structures partenaires ou satellites, ou de mani\u00e8re plus extensive, aux citoyens y ayant int\u00e9r\u00eat. Or, la publication des rapports des chambres participe de l\u2019information publique en tant que moyen puissant pour faire progresser la transparence en mati\u00e8re de gestion publique et aux fins d\u2019am\u00e9lioration de l\u2019efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense publique. Les r\u00e8gles de la saisine pourraient ainsi \u00eatre \u00e9tendues afin de permettre \u00e0 tout citoyen y ayant int\u00e9r\u00eat, de demander l\u2019inscription au programme annuel d\u2019activit\u00e9s de la chambre, le contr\u00f4le d\u2019un organisme, la chambre se r\u00e9servant la capacit\u00e9 d\u2019examiner la recevabilit\u00e9 de la saisine au regard de crit\u00e8res pr\u00e9\u00e9tablis.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de politiques publiques mises en \u0153uvre au niveau r\u00e9gional ou par les m\u00e9tropoles nouvellement cr\u00e9\u00e9es (comme les transports, les \u00e9quipements sportifs, le d\u00e9veloppement urbain, la protection de la biodiversit\u00e9), interviennent non seulement la collectivit\u00e9 en titre ou chef de file, mais \u00e9galement d\u2019autres financeurs publics (\u00c9tat, agences nationales, autres niveaux de collectivit\u00e9), des services r\u00e9gulateurs (autorit\u00e9s administratives ind\u00e9pendantes, services d\u00e9concentr\u00e9s de l\u2019\u00c9tat), des parties prenantes diverses (op\u00e9rateurs industriels soumis \u00e0 tarifs r\u00e9glement\u00e9s, d\u00e9l\u00e9gataires de service public).<\/p>\n<p>Actuellement, les juridictions financi\u00e8res ne disposent pas des outils juridiques les autorisant \u00e0 contr\u00f4ler efficacement la mise en \u0153uvre de politiques publiques \u00e0 un niveau infranational, par des collectivit\u00e9s de plus en plus importantes au regard des crit\u00e8res courants. Les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes participent \u00e0 des enqu\u00eates nationales conjointement avec la Cour des comptes mais une chambre des comptes dans le contexte de son ressort n\u2019a pas, en l\u2019\u00e9tat, capacit\u00e9 \u00e0 publier des constats r\u00e9sultant de ses investigations sur la mise en \u0153uvre d\u2019une politique publique associant nombre d\u2019acteurs institutionnels, au niveau r\u00e9gional, interd\u00e9partemental ou m\u00e9tropolitain.<\/p>\n<p>Une telle d\u00e9marche de contr\u00f4le supposerait de modifier les textes actuellement en vigueur, non pas pour supprimer le contr\u00f4le organique standard, mais pour compl\u00e9ter le dispositif existant d\u2019un texte ouvrant la voie \u00e0 un contr\u00f4le simultan\u00e9 d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019acteurs respectivement engag\u00e9s dans la mise en \u0153uvre de certaines politiques publiques locales, en s\u2019attachant aux points suivants\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>La limitation du contr\u00f4le au seul p\u00e9rim\u00e8tre de la collectivit\u00e9 ralentit la collecte des informations et emp\u00eache de traiter tous les aspects d\u2019une politique publique dans laquelle, par exemple, la r\u00e9gion n\u2019apparaitrait qu\u2019en qualit\u00e9 de chef de file. Par ailleurs, on ne saurait ignorer le fait que les textes imposent en fin de proc\u00e9dure une phase de contradiction avec toutes les entit\u00e9s nominativement voire implicitement mises en cause par les observations provisoires. Int\u00e9grer avec le souci de l\u2019\u00e9conomie des moyens, d\u00e8s le lancement de l\u2019instruction, toutes les parties susceptibles d\u2019\u00eatre concern\u00e9es serait une fa\u00e7on plus efficace d\u2019administrer la proc\u00e9dure.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Si la finalit\u00e9 du contr\u00f4le devait \u00e9voluer vers l\u2019examen de la mise en \u0153uvre d\u2019une politique publique territorialis\u00e9e, la production attendue de la chambre r\u00e9gionale des comptes changerait de nature pour se rapprocher d\u2019un rapport th\u00e9matique et non une collection de rapports portant chacun sur l\u2019examen de la gestion d\u2019une seule entit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"604\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc \u00a0\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>d\u2019instituer la publication de rapports annuels et th\u00e9matiques par les CRTC\u00a0; <\/em><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>d\u2019instaurer une proc\u00e9dure permettant, d\u00e8s le lancement de l\u2019instruction, d\u2019entendre l\u2019ensemble des acteurs parties prenantes d\u2019une politique publique contr\u00f4l\u00e9e, y compris les services de l\u2019\u00c9tat ;<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>de cr\u00e9er les conditions permettant un contr\u00f4le unique d\u2019un organisme et des structures qui lui sont li\u00e9es \u00e0 des degr\u00e9s divers, tels qu\u2019une intercommunalit\u00e9 et ses communes membres\u00a0;<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>de permettre la saisine de la chambre par tout citoyen y ayant int\u00e9r\u00eat, par des membres de l\u2019assembl\u00e9e d\u00e9lib\u00e9rante ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, du conseil d\u2019administration d\u2019entit\u00e9s partenaires d\u2019un organisme en vue d\u2019une demande d\u2019inscription du contr\u00f4le de cette structure au programme annuel de la chambre.<\/em><\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2><a name=\"_Toc486675787\"><\/a>2.3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le d\u00e9veloppement \u00e0 terme de l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques locales<\/h2>\n<p>Depuis la r\u00e9forme constitutionnelle du 23 juillet 2008, la Constitution dispose, en son article 47-2 que \u00ab\u00a0[La Cour des comptes] <em>assiste le Parlement et le Gouvernement dans le contr\u00f4le de l&rsquo;ex\u00e9cution des lois de finances et de l&rsquo;application des lois de financement de la s\u00e9curit\u00e9 sociale ainsi que dans l&rsquo;\u00e9valuation des politiques publiques<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9valuation des politiques publiques nationales par la Cour des comptes commence \u00e0 se d\u00e9ployer mais sa d\u00e9clinaison aux politiques publiques locales par les chambres r\u00e9gionales des comptes demeure encore embryonnaire. Or, la mise en \u0153uvre de nombreuses politiques publiques nationales telles que le transport, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, les \u00e9quipements culturels et sportifs, l\u2019action sociale, rel\u00e8ve \u00e0 la fois de l\u2019\u00c9tat et des collectivit\u00e9s locales, et sont sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque territoire en raison de leur grande diversit\u00e9.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9valuation au niveau national des politiques publiques est indispensable pour donner une vision d\u2019ensemble aux institutions de ce niveau, tels le Gouvernement et le Parlement voire \u00e0 l\u2019adresse des administrations centrales <em>a contrario<\/em>, l\u2019\u00e9valuation au niveau local des politiques publiques devrait n\u00e9cessairement prendre en compte, pour \u00eatre pertinente, la sp\u00e9cificit\u00e9 et la diversit\u00e9, de leur conception et de leur mise en \u0153uvre en fonction des territoires et de leurs particularit\u00e9s. Une telle approche a vocation \u00e0 donner une vision r\u00e9gionale aux acteurs de niveau local, citoyens, \u00e9lus locaux, administrations locales (\u00c9tat, collectivit\u00e9s, h\u00f4pitaux), \u00e9tablissements publics et m\u00e9dias locaux, d\u00e8s lors qu\u2019une majorit\u00e9 de politiques publiques sont d\u00e9sormais territorialis\u00e9es.<\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 des chambres r\u00e9gionales des comptes \u00e0 \u00e9valuer les politiques publiques locales se fonde sur les consid\u00e9rations suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li>bien que juridictions respectivement ind\u00e9pendantes, les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes forment avec la Cour des comptes un ensemble juridictionnel homog\u00e8ne soumis aux m\u00eames normes professionnelles ;<\/li>\n<li>les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes participent d\u00e9j\u00e0, avec la Cour des comptes, \u00e0 certaines \u00e9valuations de politiques publiques\u00a0(ex\u00a0: logement social)\u00a0;<\/li>\n<li>ces juridictions sont un lieu d\u2019expertise et de connaissance des collectivit\u00e9s territoriales, de leurs \u00e9tablissements, du contexte et des acteurs r\u00e9gionaux ;<\/li>\n<li>leur ressort territorial, par l\u2019effet des lois du 13 d\u00e9cembre 2011 et du 16 janvier 2015, correspond \u00e0 celui de chacune des treize nouvelles r\u00e9gions, soit des territoires parfois plus \u00e9tendus que certains \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/li>\n<\/ul>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"604\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc : <\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>d\u2019inscrire explicitement dans un texte la mission d\u2019\u00e9valuation des politiques publiques locales parmi les comp\u00e9tences des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes.<\/em><\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h1><a name=\"_Toc486675788\"><\/a>3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Garantir l\u2019ind\u00e9pendance des magistrats financiers<\/h1>\n<h2><a name=\"_Toc486675789\"><\/a>3.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une condition fondamentale d\u2019exercice des missions des juridictions financi\u00e8res<\/h2>\n<p>Au sein de l\u2019Organisation internationale des institutions sup\u00e9rieures de contr\u00f4le des finances publiques (INTOSAI) cohabitent principalement deux mod\u00e8les d\u2019institutions sup\u00e9rieures de contr\u00f4le (ISC) : un mod\u00e8le non juridictionnel, souvent rattach\u00e9 au Parlement, en vigueur dans les pays anglo-saxons, et un mod\u00e8le juridictionnel, ind\u00e9pendant des pouvoirs ex\u00e9cutif et l\u00e9gislatif, dont la Cour des comptes fran\u00e7aise, cr\u00e9\u00e9e en 1807, est embl\u00e9matique. Dans les ISC juridictionnelles, des garanties l\u00e9gales d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019inamovibilit\u00e9 couvrent les membres qui assurent simultan\u00e9ment des fonctions juridictionnelles et d\u2019audit. Ces ISC sont autonomes dans la d\u00e9termination de leur programme de travail et la gestion de leurs moyens.<\/p>\n<p>Dans ce mod\u00e8le juridictionnel, les modes d\u2019organisation varient d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. La coll\u00e9gialit\u00e9 est la r\u00e8gle, mais le statut individuel des personnels diff\u00e8re. En Allemagne, par exemple, les membres des juridictions financi\u00e8res au niveau f\u00e9d\u00e9ral comme dans les L\u00e4nder ne sont pas des magistrats, mais des fonctionnaires de carri\u00e8re ou des contractuels. La Constitution leur assure cependant la m\u00eame protection juridique qu\u2019aux juges des juridictions supr\u00eames f\u00e9d\u00e9rales : ils sont nomm\u00e9s \u00e0 vie et leur ind\u00e9pendance est garantie.<\/p>\n<p>En France, comme dans l\u2019ordre judiciaire, les membres des juridictions financi\u00e8res sont des magistrats, nomm\u00e9s par d\u00e9cret du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et inamovibles. Comme pour l\u2019ordre judiciaire, les instances charg\u00e9es de veiller au respect des garanties apport\u00e9es par le statut de magistrat sont\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les Conseils sup\u00e9rieurs de la Cour et des chambres r\u00e9gionales des comptes\u00a0;<\/li>\n<li>la mission d\u2019inspection.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces instances peuvent \u00eatre encore am\u00e9lior\u00e9es dans leur fonctionnement, et se rapprocher de ce qui existe dans l\u2019ordre judiciaire.<\/p>\n<p>Le coll\u00e8ge de d\u00e9ontologie, dont le r\u00f4le est d\u2019\u00e9viter tout conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat et qui comprend deux magistrats, pourrait aussi, sur le mod\u00e8le d\u2019autres coll\u00e8ges de d\u00e9ontologie en activit\u00e9, voir sa composition \u00e9voluer (de cinq membres dont seulement deux magistrats, \u00e0 neuf magistrats dont un pr\u00e9sident nomm\u00e9 par le Premier pr\u00e9sident, deux magistrats de l\u2019ordre administratif ou judiciaire, trois personnalit\u00e9s qualifi\u00e9es, trois magistrats \u00e9lus). Son rapport annuel pourrait \u00eatre communiqu\u00e9 au garde des Sceaux. Parmi les indicateurs mentionn\u00e9s dans ce rapport pourrait figurer le nombre et les motifs de d\u00e9ports de magistrats dans le cadre d\u2019instruction ou de d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"604\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose : <\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>de modifier la composition du coll\u00e8ge de d\u00e9ontologie des juridictions financi\u00e8res.<\/em><\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2><a name=\"_Toc486675790\"><\/a>3.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Compte tenu de la multiplication des missions, les moyens des juridictions financi\u00e8res doivent \u00eatre adapt\u00e9s<\/h2>\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 supra, les juridictions financi\u00e8res, et les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes en particulier, font face \u00e0 un accroissement de leurs missions. Le renforcement de la place et des missions des juridictions financi\u00e8res ne doit cependant en aucun cas avoir pour cons\u00e9quence ni une forme de renoncement quant \u00e0 l\u2019exercice de certaines comp\u00e9tences de base voulues par le l\u00e9gislateur ni des restrictions \u00e0 l\u2019endroit des organismes traditionnellement contr\u00f4l\u00e9s. En effet, les masses financi\u00e8res mises en \u0153uvre par certains organismes parmi lesquels les collectivit\u00e9s territoriales les plus grandes, justifient un contr\u00f4le de gestion r\u00e9gulier et un appui renforc\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019agit de collectivit\u00e9s reconnues volontaires \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation de la certification. Par ailleurs, le r\u00f4le des chambres r\u00e9gionales des comptes, notamment dans le cadre du contr\u00f4le budg\u00e9taire portant sur des organismes dont les ressources financi\u00e8res sont sensiblement plus faibles, t\u00e9moigne de leur utilit\u00e9 pour la pr\u00e9vention de certains risques juridiques et budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>En 2016, les juridictions financi\u00e8res comprenaient 1\u00a0729 magistrats, v\u00e9rificateurs et personnels administratifs, les personnels administratifs n\u2019\u00e9tant pas en appui direct au contr\u00f4le (comme les agents des greffes) ne repr\u00e9sentant qu\u2019un peu moins de 20\u00a0% de l\u2019effectif global. La gestion mise en \u0153uvre au cours des ann\u00e9es 2010 a permis d\u2019augmenter le nombre d\u2019agents affect\u00e9s \u00e0 des missions de contr\u00f4le de pr\u00e8s de 4\u00a0% alors que les effectifs globaux sont rest\u00e9s quasi stables (- 1,2 % depuis 2010). Les chambres r\u00e9gionales des comptes regroupaient en 2016 pr\u00e8s de 59\u00a0% des effectifs des juridictions financi\u00e8res (et plus de 63\u00a0% des personnels de contr\u00f4le), soit 1\u00a0017 agents dont 346 magistrats rapporteurs, appuy\u00e9s d\u2019un nombre \u00e9quivalent de v\u00e9rificateurs. Cour et CRTC totalisaient 1\u00a0729 agents dont 1\u00a0384 personnels de contr\u00f4le (565 magistrats) et d\u2019appui au contr\u00f4le (819 experts et v\u00e9rificateurs).<\/p>\n<p>\u00c0 titre de comparaison, en Italie, la Cour, les cinq chambres d\u00e9concentr\u00e9es et les trente et un bureaux qui composent l\u2019institution sup\u00e9rieure de contr\u00f4le, totalisent 3\u00a0400 fonctionnaires, dont 900 v\u00e9rificateurs. L\u2019Allemagne mobilise \u00e0 ces m\u00eames fins, 120 bureaux de contr\u00f4les f\u00e9d\u00e9raux employant plus de 2000 v\u00e9rificateurs.<\/p>\n<p><strong><em>Il est donc n\u00e9cessaire, tant pour assurer le niveau de production actuel que pour r\u00e9pondre aux nouvelles missions qui leur sont confi\u00e9es, que les moyens notamment humains des juridictions financi\u00e8res soient renforc\u00e9s. <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc486675791\"><\/a>3.3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Des garanties d\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 renforcer<\/h2>\n<p>Trois chantiers permettraient de renforcer les garanties d\u2019ind\u00e9pendance des magistrats financiers\u00a0: une r\u00e9forme du Conseil sup\u00e9rieur des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes, une \u00e9volution de la mission d\u2019inspection, et une am\u00e9lioration de la gestion des ressources humaines.<\/p>\n<ul>\n<li><u>Une r\u00e9forme du conseil sup\u00e9rieur des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>Le code des juridictions financi\u00e8res, qui r\u00e8gle la composition et le fonctionnement des Conseils sup\u00e9rieurs des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes, organise une v\u00e9ritable tutelle de l\u2019administration sur le corps des magistrats financiers. Elle n\u2019est ni conforme aux recommandations du Conseil de l\u2019Europe, selon lequel au moins la moiti\u00e9 des membres de ces conseils devraient \u00eatre des magistrats choisis par leurs pairs, ni m\u00eame adapt\u00e9e aux comp\u00e9tences \u00e9largies aujourd\u2019hui attribu\u00e9es aux comit\u00e9s techniques et instances paritaires. En prenant exemple sur le fonctionnement du Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature, le SJFu propose pour les conseils sup\u00e9rieurs des juridictions financi\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li>de revoir leur composition en portant \u00e0 neuf le nombre de si\u00e8ges de magistrats de chambre et en organisant mieux la parit\u00e9 entre les repr\u00e9sentants des magistrats et ceux de l\u2019administration et les personnalit\u00e9s qualifi\u00e9es ;<\/li>\n<li>de renforcer le r\u00f4le d\u00e9cisionnel et consultatif de ces instances (\u00e9largissement du champ des avis conformes, avis sur les sanctions disciplinaires de magistrats, exercice des comp\u00e9tences du comit\u00e9 technique) ;<\/li>\n<li>d\u2019am\u00e9liorer encore la transparence sur les processus de nominations et de promotions dont il est saisi (crit\u00e8res objectifs, audition des candidats, vote \u00e0 bulletins secrets sur les candidatures)\u00a0;<\/li>\n<li>de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9union conjointe du Conseil sup\u00e9rieur de la Cour et de celui des CRTC, en cas de projet de r\u00e9forme des juridictions financi\u00e8res.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li><u>Une \u00e9volution de la mission d\u2019inspection<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>La Cour des comptes est dot\u00e9e d\u2019une mission permanente d\u2019audit, de contr\u00f4le et d\u2019inspection. Celle-ci est charg\u00e9e d\u2019assurer le contr\u00f4le des services, l\u2019audit des chambres et formations d\u00e9lib\u00e9rantes de la Cour et toute mission d\u2019inspection que lui confie le Premier pr\u00e9sident. Elle comprend \u00e9galement une mission permanente d\u2019inspection des chambres r\u00e9gionales des comptes, r\u00f4le confi\u00e9 par le l\u00e9gislateur \u00e0 la Cour des comptes en 1988, cinq ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation des CRTC.<\/p>\n<p>Afin de tenir compte de la r\u00e9alit\u00e9 des travaux des juridictions financi\u00e8res (qui m\u00e9nage une part de plus en plus importante de missions communes entre la Cour et les CRC), le SJFu propose de cr\u00e9er, sur le mod\u00e8le des inspections g\u00e9n\u00e9rales des minist\u00e8res (par exemple celle du minist\u00e8re de la Justice, cr\u00e9\u00e9e en 2017), une mission d\u2019inspection unique avec comp\u00e9tence sur l\u2019ensemble des juridictions financi\u00e8res, et de la rattacher directement au Premier pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Le chef de la mission d\u2019inspection pr\u00e9senterait chaque ann\u00e9e au Premier pr\u00e9sident puis devant les conseils sup\u00e9rieurs des juridictions financi\u00e8res un rapport sur l&rsquo;ensemble de ses activit\u00e9s et sur l&rsquo;\u00e9tat des juridictions, directions, et services soumis \u00e0 son contr\u00f4le tel qu&rsquo;il r\u00e9sulte des informations recueillies et des constatations effectu\u00e9es au cours des missions r\u00e9alis\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour assurer l\u2019impartialit\u00e9 des recommandations et garantir l\u2019ind\u00e9pendance des magistrats, les membres de la mission d\u2019inspection ou les inspecteurs plac\u00e9s sous ses ordres ne devraient disposer d\u2019aucun pouvoir hi\u00e9rarchique sur les responsables des juridictions, directions et services qu\u2019ils contr\u00f4lent, ni intervenir dans les processus de s\u00e9lection ou de nomination des personnels.<\/p>\n<ul>\n<li><u>Une am\u00e9lioration de la gestion des ressources humaines<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019ind\u00e9pendance doit \u00eatre \u00e9galement assur\u00e9e par une gestion plus professionnelle et transparente des r\u00e8gles de recrutement. Les comp\u00e9tences et le niveau de recrutement attendus devraient \u00eatre plus clairement d\u00e9finis\u00a0et les candidatures soumises \u00e0 l\u2019avis des Conseils sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<table width=\"605\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"605\"><strong>Le syndicat des juridictions financi\u00e8res propose donc de\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>modifier la composition et le fonctionnement du Conseil sup\u00e9rieur des CRTC ; <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong><em>cr\u00e9er une inspection g\u00e9n\u00e9rale pour l\u2019ensemble des juridictions financi\u00e8res, ind\u00e9pendante du Premier pr\u00e9sident et n\u2019intervenant pas dans la gestion des juridictions.<\/em><\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p><a name=\"_Toc486675792\"><\/a>Liste des propositions<\/p>\n<ul>\n<li><strong><u>Pour un meilleur contr\u00f4le de la probit\u00e9 et de la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019action publique <\/u><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><em>transf\u00e9rer les comp\u00e9tences actuelles de la CDBF \u00e0 la Cour des comptes et aux chambres r\u00e9gionales des comptes qui seront respectivement comp\u00e9tentes pour juger la responsabilit\u00e9 des gestionnaires de fonds publics soumis \u00e0 leur contr\u00f4le\u00a0; <\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><em>appeler les membres du gouvernement et les \u00e9lus locaux \u00e0 r\u00e9pondre de leurs manquements graves et parfois continus au droit public financier devant les juridictions financi\u00e8res, pour les d\u00e9cisions prises dans le cadre de leurs fonctions\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><em>simplifier le r\u00e9gime de responsabilit\u00e9 des comptables publics, en rempla\u00e7ant le r\u00e9gime actuel du d\u00e9bet et de la somme non r\u00e9missible par une sanction p\u00e9cuniaire intelligible et proportionn\u00e9e \u00e0 la gravit\u00e9 du manquement tout en mettant fin au r\u00e9gime de remise gracieuse du ministre en charge \u00a0du budget \u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><em>doter les juridictions financi\u00e8res d\u2019un pouvoir d\u2019injonction sous astreinte en cas de manquement grave et continu aux lois et r\u00e8glements relatifs \u00e0 l\u2019ordre public financier qu\u2019elles sont charg\u00e9es de pr\u00e9server\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong><u>Pour une plus grande efficacit\u00e9 du contr\u00f4le des politiques publiques<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em><u>\u00a0<\/u><\/em><\/strong><\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><em>permettre la saisine de la chambre par tout membre d\u2019une assembl\u00e9e d\u00e9lib\u00e9rante, d\u2019un conseil d\u2019administration ou d\u2019entit\u00e9s partenaires d\u2019un organisme, voire par tout citoyen y ayant int\u00e9r\u00eat, en vue de solliciter l\u2019inscription du contr\u00f4le d\u2019une structure donn\u00e9e au programme de cette juridiction ;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li><em>permettre la publication de rapports annuels et th\u00e9matiques par les chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes\u00a0; <\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li><em>instaurer une proc\u00e9dure autorisant, d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019instruction, \u00e0 entendre et examiner l\u2019ensemble des acteurs parties prenantes d\u2019une politique publique contr\u00f4l\u00e9e, y compris les services de l\u2019\u00c9tat\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li><em>cr\u00e9er les conditions permettant l\u2019ouverture d\u2019une proc\u00e9dure unifi\u00e9e pour le contr\u00f4le simultan\u00e9 d\u2019un organisme et des structures li\u00e9es, telle qu\u2019une intercommunalit\u00e9 et de ses communes membres\u00a0ou une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9conomie mixte et ses filiales ;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li><em>inscrire dans le code des juridictions financi\u00e8res, la mission d\u2019\u00e9valuation des politiques publiques mises en \u0153uvre au niveau local parmi les comp\u00e9tences des chambres r\u00e9gionales et territoriales des comptes\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong><u>Pour une extension des garanties d\u2019ind\u00e9pendance conf\u00e9r\u00e9es aux magistrats financiers<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<ol start=\"10\">\n<li><em>modifier la composition du coll\u00e8ge de d\u00e9ontologie des juridictions financi\u00e8res\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"11\">\n<li><em>modifier la composition et le fonctionnement du Conseil sup\u00e9rieur des CRTC\u00a0;<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ol start=\"12\">\n<li><em>cr\u00e9er une inspection g\u00e9n\u00e9rale pour l\u2019ensemble des juridictions financi\u00e8res, ind\u00e9pendante du Premier pr\u00e9sident et n\u2019intervenant pas dans la gestion des juridictions.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Loi de modernisation de l\u2019action publique territoriale et d\u2019affirmation des m\u00e9tropoles.<\/p>\n<p><strong>Pour t\u00e9l\u00e9charcher le Livre en format PDF, cliquez sur le lien suivant:<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Livre-blanc-au-1er-juillet-2017.pdf\">Livre blanc au 1er juillet 2017<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Communiqu\u00e9-de-presse-5-juillet-2017-SJFu.pdf\">Communiqu\u00e9 de presse 5 juillet 2017- SJFu<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019exigence citoyenne de probit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 de la gestion publique conduit \u00e0 porter un regard renouvel\u00e9 sur la mission de valeur constitutionnelle des juridictions financi\u00e8res : s\u2019assurer du bon emploi des deniers publics et en informer le citoyen. Il y a dix ans, Philippe S\u00e9guin, Premier pr\u00e9sident de la Cour<a href=\"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/actions-syndicales\/livre-blanc\/livre-blanc-au-1er-juillet-2017\/\" class=\"read-more\">Read the Rest&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1821,"menu_order":8,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1950","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1950","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1950"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1950\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3299,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1950\/revisions\/3299"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1821"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}