{"id":1761,"date":"2017-03-16T11:02:17","date_gmt":"2017-03-16T10:02:17","guid":{"rendered":"http:\/\/sjfu.fr\/intranet\/?p=1761"},"modified":"2017-03-16T11:05:29","modified_gmt":"2017-03-16T10:05:29","slug":"ce-que-la-ministre-de-la-fontion-publique-na-jamais-ose-dire-sur-les-fonctionnaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/2017\/03\/16\/ce-que-la-ministre-de-la-fontion-publique-na-jamais-ose-dire-sur-les-fonctionnaires\/","title":{"rendered":"Ce que la ministre de la fontion publique n\u2019a jamais os\u00e9 dire sur les fonctionnaires"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"width: 285px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full\" src=\"https:\/\/encrypted-tbn3.gstatic.com\/images?q=tbn:ANd9GcQw4ww3RL94htH7A6a_cro3GvkBnGiuUAyqndxXLSjT-eDbKPZ77g\" width=\"275\" height=\"183\"><p class=\"wp-caption-text\">Annick GIRARDIN<\/p><\/div>\n<p>Dans une interview exclusive \u00e0 Acteurs publics, publi\u00e9e le 15 mars 2017, la ministre de la Fonction publique se demande s\u2019il ne faudrait pas aller \u201cjusqu\u2019\u00e0 la suppression des corps pour aller vers une fonction publique de m\u00e9tiers ?\u201d Rappelant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un d\u00e9bat sur les missions du service public, Annick Girardin porte un regard tr\u00e8s nuanc\u00e9 sur l&rsquo;action de l&rsquo;ex\u00e9cutif en direction des fonctionnaires depuis 2012. La ministre met en garde les syndicats contre tout conservatisme pour l\u2019avenir et se dit aussi favorable \u00e0 une politique de fusion dans les grands corps de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>Le Front national est en t\u00eate des intentions de vote des agents publics. Comment expliquez-vous cette rupture entre la fonction publique et le gouvernement ?<\/strong><\/p>\n<p>Certes, le vote Front national progresse dans la fonction publique, mais comme il monte partout ailleurs dans la soci\u00e9t\u00e9. La fonction publique \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9serv\u00e9e jusque-l\u00e0. Les intentions de vote montrent que des m\u00e9tiers et des agents sont plus touch\u00e9s que d\u2019autres, notamment en raison des conditions de travail. Je me suis attel\u00e9e depuis un an \u00e0 am\u00e9liorer le quotidien des agents. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs attentes : d\u00e9gel du point d\u2019indice en 2016, protocole PPCR <em>[sur les parcours professionnels, les carri\u00e8res et les r\u00e9mun\u00e9rations, ndlr] <\/em>lanc\u00e9 en 2015, etc. Mais nous n\u2019avons peut-\u00eatre pas mesur\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 que ce que nous d\u00e9cidions ne serait effectif pour certains fonctionnaires que bien plus tard, \u00e0 partir de 2017. Ce bilan positif n\u2019est donc pas imm\u00e9diatement visible. \u00c0 mon arriv\u00e9e au minist\u00e8re, j\u2019ai poursuivi les r\u00e9formes engag\u00e9es par Marylise Lebranchu mais j\u2019ai aussi essay\u00e9 de r\u00e9orienter la strat\u00e9gie en r\u00e9pondant \u00e0 certaines questions concr\u00e8tes, comme le mal-\u00eatre des agents sur le terrain, par exemple en mati\u00e8re de la\u00efcit\u00e9. J\u2019ai aussi travaill\u00e9 sur les enjeux de mobilit\u00e9 pour essayer de d\u00e9passer la gestion actuelle, qui est une machine \u00e0 cr\u00e9er du c\u00e9libat g\u00e9ographique. Sans oublier la question de la jeunesse : la fonction publique ne compte que 8 % de jeunes de moins de 28 ans. Il fallait enfin mieux reconna\u00eetre l\u2019engagement des fonctionnaires : c\u2019est ce que nous avons fait.<\/p>\n<p><strong>Le gouvernement s\u2019est beaucoup vu reprocher depuis 2012 de ne pas avoir donn\u00e9 un cap clair \u00e0 la fonction publique. Vous avez \u00e9cart\u00e9 la R\u00e9vision g\u00e9n\u00e9rale des politiques publiques sans vous interroger sur la question de ses missions\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Marylise Lebranchu a su renouer un dialogue social avec les syndicats apr\u00e8s les ann\u00e9es Sarkozy. Pour ce qui me concerne, et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 il existe peut-\u00eatre une diff\u00e9rence, je me suis attach\u00e9e \u00e0 nouer un dialogue avec l\u2019agent lui-m\u00eame, \u00e0 travers des initiatives comme \u201cMa fonction publique se r\u00e9invente\u201d, la r\u00e9flexion sur la\u00efcit\u00e9 ou sur la jeunesse.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cAurions-nous des minist\u00e8res plus nobles et des minist\u00e8res moins nobles ? Un travail de coh\u00e9rence doit \u00eatre men\u00e9.\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Ces initiatives ou ces \u00e9v\u00e9nements restent d\u2019une port\u00e9e tr\u00e8s \u201cmicro\u201d\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas micro ! C\u2019est justement la question principale : quelle fonction publique pour demain ? Quel service public pour le XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ? Durant ce quinquennat, nous avons peut-\u00eatre manqu\u00e9 d\u2019une vision large de la r\u00e9organisation de cette fonction publique. Mais je vous rappelle aussi que Marylise Lebranchu <em>[ministre de 2012 \u00e0 2016, ndlr]<\/em> n\u2019avait pas que ce portefeuille. Dans ses attributions, elle pilotait aussi la d\u00e9centralisation. Je crois que le bilan reste positif, entre ce qui a \u00e9t\u00e9 fait avec la loi NOTRe <em>[portant nouvelle organisation territoriale de la R\u00e9publique, ndlr], <\/em>la loi sur la d\u00e9ontologie, la reconnaissance de la cat\u00e9gorie C et le protocole PPCR. Le travail sur le quotidien de l\u2019agent ou sur la vision d\u2019ensemble ne pouvait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 dans ces cinq ann\u00e9es. Nous ne pouvions pas tout faire ! Le prochain quinquennat doit d\u00e9buter par un d\u00e9bat sur les services publics de demain, conform\u00e9ment \u00e0 la proposition du Conseil \u00e9conomique, social et environnemental. \u00c0 partir de l\u00e0, nous pourrons red\u00e9finir les moyens humains et financiers pour mener les politiques publiques.<\/p>\n<p><strong>Vous pr\u00f4nez donc un d\u00e9bat sur les missions du service public ?<\/strong><\/p>\n<p>Il existe un besoin de r\u00e9inventer la fonction publique pour redonner du sens et r\u00e9pondre aux besoins des Fran\u00e7ais. Il convient d\u2019adopter un autre mode de fonctionnement au quotidien, permettant vraiment des mobilit\u00e9s entre minist\u00e8res et des passerelles entre les trois versants de la fonction publique. Le compte personnel d\u2019activit\u00e9 (CPA) repr\u00e9sente le d\u00e9but d\u2019un portage individuel des droits qui permettra notamment aux fonctionnaires de partir travailler dans le priv\u00e9 et de revenir s\u2019ils le souhaitent dans le secteur public. Je consid\u00e8re qu\u2019un fonctionnaire doit avoir au moins deux rendez-vous dans sa carri\u00e8re pour faire le bilan de l\u2019ensemble de ses acquis. Par ailleurs, nous nous rendons compte que les fonctionnaires sont souvent des citoyens tr\u00e8s engag\u00e9s dans la cit\u00e9. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re de reconna\u00eetre cet engagement. C\u2019est pareil pour les jeunes.<\/p>\n<p><strong>La puissance publique doit-elle abandonner certaines missions ?<\/strong><\/p>\n<p>Les services publics vont \u00eatre r\u00e9invent\u00e9s \u2013 je pense par exemple \u00e0 l\u2019accompagnement des petites entreprises, aux c\u00f4t\u00e9s des chambres consulaires. D\u2019autres vont dispara\u00eetre. Je consid\u00e8re aussi que les services publics peuvent \u00eatre diff\u00e9rents selon les sp\u00e9cificit\u00e9s des territoires. Nous n\u2019aurons peut-\u00eatre pas les m\u00eames services publics en outre-mer, en montagne ou en Corse qu\u2019en m\u00e9tropole. Certains services pourront \u00eatre assur\u00e9s au travers d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation de service public par des structures priv\u00e9es dans certains territoires, mais pas dans d\u2019autres. Au plan global, il faut garder le statut de la fonction publique. Le mod\u00e8le social n\u2019est pas \u00e0 remettre en cause, mais l\u2019outil est \u00e0 r\u00e9inventer. Par exemple, il convient de donner davantage de comp\u00e9tences aux pr\u00e9fets dans les territoires, notamment dans les grandes r\u00e9gions, pour g\u00e9rer l\u2019ensemble des ressources humaines localement.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cJe l\u2019ai dit aux syndicats : c\u2019est la survie de la fonction publique et celle du service public qui se joueront dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Certains syndicats sont largement oppos\u00e9s \u00e0 la d\u00e9concentration, estimant qu\u2019elle accentue les in\u00e9galit\u00e9s de traitement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Dire cela n\u2019est pas regarder en face ce qui existe d\u00e9j\u00e0 ! Certains territoires sont aujourd\u2019hui beaucoup plus attractifs que d\u2019autres. Je pense particuli\u00e8rement au co\u00fbt du logement, qui incite les fonctionnaires \u00e0 ne pas s\u2019y \u00e9tablir, m\u00eame si sur ce point, nous avons d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 travailler sur l\u2019accompagnement des fonctionnaires. Le syst\u00e8me ne garantit absolument pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>La nouvelle DRH de l\u2019\u00c9tat doit-elle \u00eatre approfondie ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons renforc\u00e9 la direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019administration et de la fonction publique (DGAFP) pour permettre davantage de coh\u00e9rence au sein de la fonction publique de l\u2019\u00c9tat. Il faut aller plus loin. Comment fait-on pour faciliter les passerelles entre les minist\u00e8res ? J\u2019ai des r\u00e9ponses\u2026 Est-ce qu\u2019il ne faut pas aller jusqu\u2019\u00e0 la suppression des corps dans la fonction publique, pour aller vers une fonction publique de m\u00e9tiers ? C\u2019est une vraie question. Ce n\u2019est pas sous ce quinquennat que l\u2019on pouvait se poser la question compte tenu des autres chantiers : le protocole PPCR ou le nouveau r\u00e9gime indemnitaire Rifseep. D\u2019autres questions se posent : pourquoi existe-t-il des minist\u00e8res pourvus d\u2019avantages sociaux plus importants que d\u2019autres ? Aurions-nous des minist\u00e8res plus nobles et des minist\u00e8res moins nobles ? Un travail de coh\u00e9rence doit \u00eatre men\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Si l\u2019on supprime les corps, que fait-on apr\u00e8s ?<\/strong> <strong>Reprendriez-vous l\u2019id\u00e9e, formul\u00e9e par un membre du Conseil d\u2019\u00c9tat dans les ann\u00e9es 2000, tendant \u00e0 mettre en place une fonction publique de m\u00e9tiers avec des grands cadres ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019aime cette id\u00e9e de fonction publique de m\u00e9tiers. Mais je souscris \u00e0 la position sage du Conseil \u00e9conomique, social et environnemental <em>[l\u2019organisation d\u2019un d\u00e9bat sur les missions en d\u00e9but de quinquennat, \u00e9voqu\u00e9e plus haut, ndlr] : <\/em>ce d\u00e9bat est un pr\u00e9alable. Ensuite, le gouvernement disposera de tout le quinquennat pour mettre en place cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de fonction publique, \u00e0 l\u2019aise dans ses baskets. Je l\u2019ai dit aux syndicats : c\u2019est la survie de la fonction publique et celle du service public qui se joueront dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. On saura ou non apporter une r\u00e9ponse. Dans le pire des cas, le citoyen ne comprendra plus ce mod\u00e8le social et se tournera vers un autre syst\u00e8me tr\u00e8s d\u00e9favorable aux plus fragiles d\u2019entre nous. Ce serait tr\u00e8s regrettable. Pour y parvenir, il n\u2019est point besoin de mettre fin au statut, qui reste une protection pour l\u2019ensemble des Fran\u00e7ais, et pas uniquement pour les fonctionnaires ! Il ne faut pas se tromper, le statut ne consiste pas \u00e0 dire \u00e0 un agent \u201cvous avez un travail \u00e0 vie\u201d. L\u2019erreur de casting peut \u00eatre corrig\u00e9e \u00e0 n\u2019importe quel moment. La vraie question, c\u2019est celle du courage manag\u00e9rial.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cJe crois honn\u00eatement que l\u2019acc\u00e8s direct aux grands corps de l\u2019\u00c9tat d\u00e8s la sortie de l\u2019ENA devra \u00eatre supprim\u00e9 dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Les syndicats doivent-ils continuer \u00e0 intervenir dans la gestion de la carri\u00e8re des agents au travers des commissions administratives paritaires (CAP) o\u00f9 si\u00e8gent les repr\u00e9sentants du personnel et de l\u2019administration ? Les syndicats ne doivent-ils pas \u00eatre recentr\u00e9s sur des questions collectives ?<\/strong><\/p>\n<p>Non. Je suis favorable \u00e0 la place des syndicats dans les commissions administratives paritaires (CAP). J\u2019ai, juste en ce moment, un d\u00e9bat avec eux sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre plus souple dans certains cas. Les syndicats sont l\u00e0 pour prot\u00e9ger les agents lorsqu\u2019ils sont en situation de risque : mutations, mobilit\u00e9s importantes\u2026 Dans le m\u00eame temps, nous avons tellement alourdi le syst\u00e8me de gestion qu\u2019un simple changement d\u2019\u00e9tage \u00e0 Bercy devient un probl\u00e8me. Dans ce cas-l\u00e0, il faut aussi que les mutations soient trait\u00e9es devant les CAP\u2026 Soyons plus souples ! C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai un petit d\u00e9bat avec les organisations syndicales. Mais m\u00eame si dans certains cas, nous d\u00e9cidons de ne pas passer par une CAP, les syndicats doivent rester inform\u00e9s des mobilit\u00e9s. Je note qu\u2019il existe aujourd\u2019hui une perte de confiance entre les employeurs et les syndicats et entre les agents et les syndicats, comme il en existe entre les Fran\u00e7ais et les politiques. Je crois honn\u00eatement qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 nous organiserons la fonction publique de demain et que nous repartirons sur la base de la confiance, il conviendra de redonner aux organisations syndicales et au dialogue social toute leur place. Mais il faudra aussi permettre une souplesse, une capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre beaucoup plus r\u00e9actif et m\u00eame simple dans certains cas, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas en mourir.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cEn fait, nous sommes en retard d\u2019une r\u00e9forme \u00e0 chaque fois.\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Les 9 syndicats* sont-ils vraiment repr\u00e9sentatifs ? Les visions diff\u00e8rent parfois en leur sein m\u00eame entre niveau national et niveau local\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Ce sont les agents qui d\u00e9cident de la repr\u00e9sentativit\u00e9. Je viens d\u2019une collectivit\u00e9 d\u2019outre-mer (Saint-Pierreet-Miquelon) et je vois bien la diff\u00e9rence qui peut exister entre des d\u00e9cisions qu\u2019un syndicat souhaiterait prendre localement \u2013 par rapport aux r\u00e9alit\u00e9s d\u2019un territoire \u2013 et une r\u00e9alit\u00e9 nationale d\u2019une antenne nationale qui d\u00e9veloppe une autre vision plus g\u00e9n\u00e9rale, qui n\u2019a pas obligatoirement mesur\u00e9 cette sp\u00e9cificit\u00e9 locale ou qui se dit que cette sp\u00e9cificit\u00e9 pourrait entra\u00eener des changements pas toujours favorables ailleurs.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9voquez certaines \u201cpostures\u201d syndicales\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Quand je suis arriv\u00e9e, ce qui m\u2019a le plus \u00e9tonn\u00e9e dans les r\u00e9unions du type Conseil commun de la fonction publique ou autres, ce sont les postures. Aujourd\u2019hui, nous rentrons tr\u00e8s vite dans le d\u00e9bat et j\u2019appr\u00e9cie que nous nous disions les choses rapidement m\u00eame si, et c\u2019est normal, un certain nombre de d\u00e9clarations sont faites par moments. Nous travaillons bien ensemble mais, oui, il peut exister un d\u00e9calage.<\/p>\n<p><strong>Pour lutter contre certaines disparit\u00e9s dans le secteur public, notamment en mati\u00e8re de r\u00e9mun\u00e9ration, le minist\u00e8re de la Fonction publique n\u2019aurait-il pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre plus transparent et \u00e0 publier davantage ses \u00e9tudes ?<\/strong><\/p>\n<p>Venant d\u2019Am\u00e9rique du Nord <em>[l\u2019archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est situ\u00e9 au large de l\u2019\u00eele canadienne de Terre-Neuve, ndlr],<\/em> la transparence ne me pose aucun souci. Je trouve qu\u2019il faudrait tout publier, afin de dissiper certains fantasmes. Le gouvernement a eu le courage d\u2019affronter en face un certain nombre de questions : le temps de travail, l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes, etc. Bien s\u00fbr, nous nous doutions du type de r\u00e9ponse qui allait \u00eatre apport\u00e9, mais ces \u00e9tudes nous ont confort\u00e9s et nous les avons publi\u00e9es. Les rapports Lhorty, Rousselle et Descamps-Crosnier sur la discrimination et la diversit\u00e9 ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Pour revenir \u00e0 votre question, je pense qu\u2019il faut publier les chiffres des r\u00e9mun\u00e9rations de tous les fonctionnaires, de m\u00eame que, dans un autre registre, les lettres de mission de tous les ministres.<\/p>\n<p><strong>Avoir organis\u00e9 une communication importante autour de la commande et de la remise du rapport Lhorty sur les discriminations dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi public vous a-t-il permis d\u2019aborder plus facilement ce chantier sensible avec les autres acteurs ?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr ! Nous avons l\u00e0 des chercheurs, des scientifiques qui apportent des \u00e9l\u00e9ments et permettent de donner une vraie cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 la parole politique, y compris dans le dialogue avec les syndicats ou les agents, ou m\u00eame en interminist\u00e9riel. Nous allons dans le bon sens, mais il faut fonctionner davantage de cette mani\u00e8re-l\u00e0, plus ouverte.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cGeler le point d\u2019indice revient \u00e0 laisser les employeurs apporter des r\u00e9ponses en dehors de la r\u00e9mun\u00e9ration, par exemple sur le temps de travail.\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous avez \u00e9gren\u00e9 plusieurs pistes de r\u00e9forme dans la fonction publique, qui ne sont toutefois pas nouvelles. Comment expliquer qu\u2019on avance si peu ? Quels sont les freins au changement ?<\/strong><\/p>\n<p>La fonction publique s\u2019est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9form\u00e9e, mais par \u00e0-coups. Le statut a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 plus de 200 fois depuis 1946. Faire un bond pour anticiper \u2013 afin non pas de satisfaire le besoin imm\u00e9diat du citoyen, mais le besoin de 2025 \u2013 rel\u00e8ve d\u2019une conception que nous n\u2019avons jamais eue dans la fonction publique. Nous pensons \u00e0 demain, mais pas \u00e0 apr\u00e8s-demain. Au moment o\u00f9 nous commen\u00e7ons \u00e0 penser une r\u00e9forme, demain est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. En fait, nous sommes en retard d\u2019une r\u00e9forme \u00e0 chaque fois. Par exemple, les r\u00e9ponses que je suis en train d\u2019apporter aujourd\u2019hui en mati\u00e8re de la\u00efcit\u00e9 sont importantes\u2026 mais nous sentons bien que les fonctionnaires ont d\u00e9j\u00e0 souffert depuis de nombreuses ann\u00e9es de cette absence de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><strong>Marylise Lebranchu, qui vous a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, avait souhait\u00e9 r\u00e9former les grands corps de la haute fonction publique. Pas vous. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous ne sommes pas rest\u00e9s inactifs durant ce quinquennat. Les \u00e9coles de la haute fonction publique, notamment l\u2019ENA, ont vu le contenu de leur formation revu et les concours modernis\u00e9s, avec des \u00e9preuves repens\u00e9es, des troisi\u00e8mes voies g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es et des compositions de jurys diversifi\u00e9es. Reste le cas de la sortie de l\u2019ENA. Il est compliqu\u00e9 de traiter cette question sans passer par la voie l\u00e9gislative. Or je n\u2019avais plus de v\u00e9hicule l\u00e9gislatif lors de mon arriv\u00e9e au minist\u00e8re, en f\u00e9vrier 2016. Je crois honn\u00eatement que l\u2019acc\u00e8s direct aux grands corps de l\u2019\u00c9tat <em>[Conseil d\u2019\u00c9tat, inspection g\u00e9n\u00e9rale des Finances, Cour des comptes, ndlr]<\/em> d\u00e8s la sortie de l\u2019ENA devra \u00eatre supprim\u00e9 dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Il faut, au minimum, pr\u00e9voir un d\u00e9lai entre la sortie de l\u2019ENA et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces grands corps.<\/p>\n<p><strong>Le groupe de r\u00e9flexion lanc\u00e9 par Marylise Lebranchu avait pr\u00e9conis\u00e9, fin 2015, de maintenir l\u2019acc\u00e8s direct aux grands corps mais de lancer une politique de fusions : regroupement des membres du Conseil d\u2019\u00c9tat avec les magistrats des juridictions administratives, des magistrats de la Cour des comptes avec ceux des chambres r\u00e9gionales des comptes, et enfin des inspecteurs des inspections g\u00e9n\u00e9rales dans un troisi\u00e8me ensemble. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Je partage la deuxi\u00e8me partie de ce diagnostic : il faut proc\u00e9der \u00e0 des regroupements \u00e0 ce niveau-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>\u00cates-vous favorable \u00e0 une plus grande ouverture de la haute fonction publique aux contractuels, par exemple pour les postes pourvus en Conseil des ministres ? Certains \u00e9voquent des quotas\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas d\u2019objection de principe. On ne peut pas vouloir une fonction publique ouverte et ne prendre que ceux qui sortent de l\u2019ENA. Nous avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 un premier travail avec la cr\u00e9ation d\u2019un vivier interminist\u00e9riel qui a permis de bien avancer en mati\u00e8re de parit\u00e9. Mais ce vivier comporte peu d\u2019agents de la fonction publique hospitali\u00e8re ou de la territoriale. Avant de s\u2019ouvrir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, il faut d\u00e9j\u00e0 que ce vivier soit aliment\u00e9 par des agents des deux autres fonctions publiques. Quand on parle de fonction publique, on pense souvent \u00e0 l\u2019\u00c9tat, mais il existe bien trois versants\u2026<\/p>\n<p><strong>L\u2019association des administrateurs territoriaux (AATF) sugg\u00e8re d\u2019ouvrir une nomination dans la haute fonction publique de l\u2019\u00c9tat sur trois \u00e0 d\u2019autres profils que des hauts fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat. Y seriez-vous favorable ?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr ! Je pense m\u00eame qu\u2019il faut aller plus loin en fusionnant l\u2019\u00c9cole nationale d\u2019administration (ENA) et l\u2019Institut national des \u00e9tudes territoriales (Inet). J\u2019y suis pr\u00eate, mais c\u2019est s\u00fbrement encore trop t\u00f4t. Ce genre de d\u00e9cision s\u2019imposera quand on aura red\u00e9fini le tout.<\/p>\n<p><strong><em>\u201cCombien de fonctionnaires sont-ils aujourd\u2019hui d\u00e9courag\u00e9s parce que la r\u00e9mun\u00e9ration ou la carri\u00e8re est la m\u00eame que l\u2019on soit tr\u00e8s engag\u00e9 ou qu\u2019on le soit moins ?\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Approuvez-vous l\u2019id\u00e9e de s\u00e9parer davantage les fonctions publiques et de laisser chaque versant fixer sa propre politique de r\u00e9mun\u00e9ration sans que l\u2019\u00c9tat impose ses mesures ?<\/strong><\/p>\n<p>Non, un socle doit \u00eatre maintenu autour du statut, du point d\u2019indice et quelques autres mesures cadr\u00e9es pour tous. Mais tout en gardant un socle commun, il faut aussi de la souplesse, notamment en mati\u00e8re de reconnaissance du m\u00e9rite, comme le permet d\u00e9sormais le Rifseep <em>[r\u00e9gime indemnitaire tenant compte des fonctions, des suj\u00e9tions, de l\u2019expertise et de l\u2019engagement professionnel, ndlr].<\/em> On peut garder un point d\u2019indice uniforme, mais il doit rester possible de donner des points suppl\u00e9mentaires, selon les cas, par exemple aux femmes pour combler des retards de carri\u00e8re. Quand on r\u00e9fl\u00e9chit au temps de travail, on a bien laiss\u00e9 la possibilit\u00e9 de fixer \u00e0 32 heures la dur\u00e9e de travail pour certains m\u00e9tiers qui le justifiaient<\/p>\n<p>(infirmi\u00e8res). Mais si on laisse les collectivit\u00e9s libres de fixer leur r\u00e9mun\u00e9ration, les in\u00e9galit\u00e9s s\u2019accentueront. Pour autant, geler le point d\u2019indice pendant des ann\u00e9es a constitu\u00e9 une erreur, m\u00eame si nous devions rester en accord avec nos pr\u00e9visions budg\u00e9taires. Geler le point revient \u00e0 laisser les employeurs apporter des r\u00e9ponses en dehors de la r\u00e9mun\u00e9ration, par exemple sur le temps de travail. \u00c0 un moment donn\u00e9, le gestionnaire a besoin d\u2019une libert\u00e9. Faire des concessions en mati\u00e8re de temps de travail a repr\u00e9sent\u00e9 pour les employeurs un moyen de gestion. Il faut respecter le principe d\u2019un rendez-vous salarial annuel et aller, dans le m\u00eame temps, plus loin en termes de reconnaissance du m\u00e9rite, principalement dans la carri\u00e8re. Combien de fonctionnaires sont-ils aujourd\u2019hui d\u00e9courag\u00e9s parce que la r\u00e9mun\u00e9ration ou la carri\u00e8re est la m\u00eame que l\u2019on soit tr\u00e8s engag\u00e9 ou qu\u2019on le soit moins ?<\/p>\n<p><strong>Le Rifseep permet la prise en compte de cette reconnaissance, mais se heurte notamment \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s budg\u00e9taires\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une question de choix. J\u2019en reviens \u00e0 cette id\u00e9e de remettre \u00e0 plat les missions du service public en d\u00e9but de quinquennat : quels services publics, avec quels moyens et dans quelles conditions ? Il faut repartir de l\u00e0 et pas d\u2019autre chose. Le travail d\u2019harmonisation entre les minist\u00e8res d\u2019une part, et entre l\u2019\u00c9tat et la territoriale d\u2019autre part n\u00e9cessitera des modifications, avec dans certains cas, des augmentations et dans d\u2019autres, d\u2019autres types de changement\u2026 Je crois honn\u00eatement que nous n\u2019arriverons jamais \u00e0 aboutir \u00e0 cette coh\u00e9rence si, dans le dialogue social, nous n\u2019acceptons pas de nous dire que le mod\u00e8le de demain va changer, y compris pour certains dans leurs conditions de r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Propos receuillis par Sylvain Henry et Pierre Laberrondo<\/strong><\/p>\n<p><em>*Ndlr : Les 9 syndicats : CGT, CFDT, FO, Unsa, FSU, Solidaires, CFTC-FAE, CFE-CGC, FA-FP<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Dans une interview exclusive \u00e0 Acteurs publics, publi\u00e9e le 15 mars 2017, la ministre de la Fonction publique se demande s\u2019il ne faudrait pas aller \u201cjusqu\u2019\u00e0 la suppression des corps pour aller vers une fonction publique de m\u00e9tiers ?\u201d Rappelant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un d\u00e9bat sur les missions du service<a href=\"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/2017\/03\/16\/ce-que-la-ministre-de-la-fontion-publique-na-jamais-ose-dire-sur-les-fonctionnaires\/\" class=\"read-more\">Read the Rest&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1761","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1761"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1761\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1763,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1761\/revisions\/1763"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sjfu.fr\/intranet\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}